Dailymotion Le Talent au Quotidien : #12 Christophe Thockler

 

 

Douzième numéro de Dailymotion Le Talent au Quotidien, Eklecty-City.fr et Dailymotion sont allez à la rencontre de Christophe Thockler, Graphiste vidéaste freelance, un autodidacte qui ne cesse d’impressionner partout où il passe. Une bien belle rencontre que nous vous invitons à découvrir ci-dessous.

Bonjour Christophe, dans le cas où il y aurait des internautes ignorant ton actualité présente toi en quelques mots et rappelle-nous ton parcours? (formation, les gens avec qui tu as été amené à travailler)

Christophe : Bonjour ! Et merci de m’accorder cet entretien. Je suis vidéaste et graphiste freelance. Je travaille principalement avec des entreprises en leur fournissant diverses prestations graphiques. Je collabore également avec des labels, en réalisant des clips pour des artistes comme Degiheugi, DoctorFlake, ou encore Ben Neill. J’ai récemment travaillé avec Universal Music en signant un clip pour le groupe Bombay Bicycle Club et avec Believe Digital pour un clip destiné au groupe pop rock US Black Books.

Concernant mon travail vidéo, je vois le clip comme une entité artistique à part entière et essaie de faire plus qu’illustrer une musique, j’essaie de m’approprier le morceau afin de pouvoir en restituer une vision. Je ne travaille pas de façon purement narrative mais utilise l’onirisme pour provoquer un ressenti, forcément propre à chacun. Ce qui fait que mes clips sont parfois considérés comme tels, mais également comme des œuvres, lorsqu’ils sont exposés dans des musées ou des festivals.

Qu’est ce qui t’a donné ta vocation ?

Christophe : J’ai découvert cette passion pour l’image sur le tard, après l’acquisition de mon premier ordinateur, en 2006. Je me destinais alors à devenir enseignant, j’ai eu un déclic en bricolant mes premiers visuels, je n’avais jamais été particulièrement créatif, je ne pensais d’ailleurs jamais exercer ce métier un jour. Je me suis rendu compte que pendant ma jeunesse j’avais emmagasiné toute cette pop culture (cinéma, musique, jeux vidéo), et j’ai soudainement ressenti le besoin de créer, mais surtout un réel plaisir immédiat dans la manipulation de supports graphiques.

Pour faire simple, je me suis mis sur Photoshop un soir, pour me rendre compte, au lever du jour, que j’y avais passé la nuit, j’avais la sensation d’avoir travaillé à peine une heure. J’ai donc décidé de continuer dans cette voie, de façon autodidacte.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

Christophe : Mes proches n’ont pas forcément compris tout de suite ma décision. Certains ont eu peur pour mon avenir, d’autres n’y croyaient pas beaucoup. Pour l’anecdote, j’entends parfois des amis ou de la famille me dire, lorsque je suis en tournage : « Mais tu travailles la ? C’est ça ton travail ? Jouer avec des Lego ? » :) A première vue c’est l’impression que cela peut parfois donner, mais je vous assure que ce n’est pas de tout repos ! J’ai par exemple pris plus de 30 000 photos en faisant fondre de la glace pour le clip Cusp.

Le making of pourra vous donner une petite idée du travail accompli :

Quelle sont tes sources d’inspiration ?

Christophe : Ouhla ! THE question. Ce qui m’inspire le plus… je pense que c’est la musique. J’en écoute pratiquement tout le temps. J’adore par dessus tout me promener avec mon casque, de la musique, et contempler la ville ou la nature, c’est souvent de cette façon que je puise mes principales idées, d’ou l’onirisme que l’on peut percevoir dans mon travail.

Je suis assez éclectique, mais j’adore l’ambient, le trip hop et tout ce qui est downtempo (Brian Eno, Boards of Canada, Future Sound of London, Tosca, Massive Attack, The Baby Namboos, Lovage, Terranova, Black Era, Recoil, Harold Budd, CarbonBasedLifeforms, les bons vieux Ninja Tune, etc…), ce qui ne m’empêche pas d’apprécier des artistes plus classiques comme David Bowie, Pink Floyd, Peter Gabriel, Simple Minds, voire un bon Deftones ou un Rage Against the Machines. J’aime également la New Wave ou pour me réveiller un bon breakbeatoldschool à la Fluke, Crystal Method ou Underworld. Mais je recommande à tous une bonne dose de trip hop journalière. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus ou découvrir ce genre musical, je recommande Groove Salad, une radio hypnotique :

J’aime également beaucoup le cinéma, en particulier les films oniriques ou les mindfucks. Je suis un grand amateur du travail des réalisateurs comme David Lynch, ShinyaTsukamoto, Vincenzo Natali, les premiers films de David Cronenberg, TakeshiKitano, les frères Quay. Je suis également un grand fan de John Carpenter et je reste fasciné par BladeRunner et Dune.

Je vous parlerais bien de cinéma pendant des heures, mais je vais juste finir en vous recommandant des films comme One Point O, un incroyable mindfuck glauque, The Fall, un film d’une puissance onirique folle, ou Nirvana, un film d’anticipation cyberpunk au contenu magnifiquement métaphorique (j’ai d’ailleurs écrit un article au sujet de ce film dans un blog ciné dans lequel j’interviens parfois, Instant Critique).

Je vois mes clips comme des œuvres ludiques, et je pense vraiment que le jeu vidéo a également participé à mon éducation audiovisuelle. J’ai beaucoup joué et je reste persuadé que je puise certaines choses de cet univers.

Quelle est ta première expérience de tournage ? Comment cela s’est passé ?

Christophe : J’avais un projet de court métrage avec un ami, peu avant 2006, nous avions tout tourné, dans une usine désaffectée, sans aucun budget et avec le caméscope d’un ami, nous avions eu un rendu plutôt satisfaisant. Malheureusement pendant la période du montage, je me suis retrouvé seul à tout gérer, musiques, sons, dialogues, post production. En plus des études, et sans l’aide de mon ami, j’ai du abandonner et c’est la que j’ai dévié vers le clip. Malgré tout ce fut une expérience formatrice et un tournage très fun et agréable.

Quel a été ton meilleur moment de réalisation ? Le pire ?

Christophe : Chaque clip est un peu un « meilleur moment » en soi, je ne me sens jamais aussi bien qu’en plein shooting.

Malgré tout j’ai ressenti un immense plaisir à me perdre un mois dans la campagne pour réaliser, l’été dernier, le clip Un Jour Comme un Autre.

Pour ce clip, j’ai pris plus de 35 000 photos, et réalisé 40 timelapses, dans les champs et les bois. J’ai pu découvrir des endroits magnifiques, et me ressourcer par la même occasion.
J’ai aussi vécu un grand moment pendant le tournage de mon dernier clip Favorite Place.

J’ai rencontré Nicolas Boileau, qui travaille pour Bragard et a accepté de m’aider en me prêtant plus de 350 bobines de fils, du tissu et en m’aidant pour réaliser les broderies. Je ne vous raconte pas quand je suis rentré avec toutes ces bobines ! J’étais comme un enfant avec ses cadeaux de noël !

Je déborde encore mais je souhaite ajouter que lors de chaque clip, les meilleurs moments restent les tests qui s’avèrent fructueux. Trouver une idée, passer 3 heures à animer du stop motion, et voir sur son écran un résultat satisfaisant procure une sensation de plaisir intense. Et le retour des groupes et des labels (pour le moment, à chaque fois comblés) est également un moment très émouvant.

Je pense que mon pire moment de tournage a été une séquence de Cusp. Je shootais dehors depuis 3 heures, en faisant fondre un bloc de glace, quand soudain, la tempête ! Une averse de folie ! J’ai continué la séquence en équilibre, trempé, avec 2 parapluies, un qui protégeait l’appareil, un autre pour abriter le cube de glace. Il a commencé à pleuvoir de plus en plus, je tourne la tête et voit la multiprise de tout mon matériel baigner dans une flaque d’eau ! Coup de pied en panique pour la dégager, remballage du matériel en 30 secondes, plan gâché, grosse flippe et j’ai du attendre 2 jours pour que mes appareils sèchent. J’ai également failli m’électrocuter pendant ce clip et me casser le dos en courant dans un escalier avec un bloc de glace qui s’est malicieusement échappé de ma main pour atterrir comme un fourbe sous mon pied. Une semaine à s’asseoir sur un coussin. VDM, c’est ce que l’on dit non ?

Quelles sont, dans tes vidéos, celles qui te semblent les plus intéressantes, qui te tiennent le plus à cœur, et pourquoi ?

Christophe : Chaque projet est toujours très excitant et important. Je travaille d’une façon assez personnelle, pendant plusieurs mois, et chaque clip représente donc un peu de moi-même. Malgré tout, j’aime beaucoup Cusp, parce que je le trouve techniquement assez réussi et parce qu’il signifie plus que ce qu’il peut paraître. J’en débâtais justement il y a peu, avec un ami. Pour moi, les objets sont rattachés à des souvenirs, chacun s’en fait une propre image mentale.

Dans ce clip, les objets représentent donc les souvenirs, et la glace, le temps. Parfois le temps efface nos souvenirs, les objets se retrouvent petit à petit prisonniers dans la glace. Au contraire, la vue d’un objet peut raviver des souvenirs oubliés, et là, métaphoriquement, la glace fond. Au spectateur d’y associer son vécu et de voir la glace comme un écrin prestigieux, ou au contraire, comme une prison glaciale.

J’apprécie également mon dernier clip, Favorite Place. Il a reçu un bon accueil, pourtant au début de ce projet de me disais « Mais comment vais-je pouvoir tenir presque 5 minutes avec juste du fil et du tissu tout en restant créatif ? » J’avoue modestement être assez satisfait du résultat.

Un mot sur ton actualité ? Tes projets en cours ?

Christophe : Je viens juste de commencer un nouveau projet de clip. Pour le groupe américain O Conqueror. J’adore leur musique, à mi chemin entre Radiohead et Turin Brakes. Toujours en stop motion, je vais tenter de faire quelque chose de très ludique, je sors à l’instant du magasin de jouet !

Pour le reste, je suis ouvert à toute proposition. J’adore les collaborations de toutes sortes. Et je continue évidemment le graphisme pour des boites plus corporate.

Quelles vidéos affectionnes-tu sur Dailymotion ? A quel autre Motionmaker souhaiterais-tu voir poser ces questions ?

Christophe : Je suis un grand amateur de jeux vidéo et j’apprécie particulièrement certains testeurs. Dailymotion possède des membres très pointus et passionnés de jeux. Je n’ai plus beaucoup le temps de jouer, alors entre deux albums de trip hop, je travaille souvent avec leurs vidéos en fond, je joue un peu par procuration et découvre de nouveaux titres.

J’aime forcément Hooper, pour l’anecdote, je lui ai réalisé les génériques à base de sprites (intro, défi, direct live, top) qu’il utilise encore à l’heure ou j’écris ces lignes. Je sais que Hooper souhaite rester mystérieux, je doute qu’il réponde à ce questionnaire. Mais j’aime aussi beaucoup Usul, 88mph, Thundard, Hedge, l’Enculé en Tongs, Mr1D100, et le très sympa Doc Mc Coy… J’en oublie surement, mais en savoir un peu plus sur eux me plairait bien.

Voir ce type de questions posées à un ami réalisateur et Motionmaker comme Quentin Dumas me ferait aussi forcément plaisir.

Que voudrais-tu dire à tous tes fans et aux prochains ?

Christophe : Je voudrais dire aux gens qui apprécient mon travail que cela me touche vraiment énormément. Je me vois encore comme un petit bricoleur qui s’amuse, qui expérimente. Je suis toujours flatté lorsque je touche la sensibilité artistique de quelqu’un. Je reçois fréquemment des messages qui vont dans ce sens, et cela me met toujours de bonne humeur, et donne forcément envie de continuer dans cette voie.
Alors un grand merci à vous, car au final, une œuvre n’existe qu’à travers les yeux de ceux qui la contemplent.

Pour les prochains amateurs de mes travaux, je suis flatté par avance, et vous encourage à me laisser un mot ou un message, je suis très proche des gens qui aiment ce que je fais. J’essaie d’être fun et de proposer aux internautes qui me suivent sur les réseaux sociaux des petits bonus comme des photos de mes bricolages ou des photos de making of.
Dernier bricolage : une petite Dolly rotative en Lego, très pratique et super stable !

N’hésitez donc pas à venir me faire un petit check sur Facebook Twitter, ce sera un vrai plaisir !

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

Christophe : Je pense avoir été déjà beaucoup trop bavard. Mais parlons de l’essentiel.
Tu es plus Pepsi ou Coca ? Définitivement Coca, et ne me parlez pas de thé, par contre on peut prendre un café…

Plus sérieusement, réaliser un film ou basculer sur un format court dans un premier temps me fait de plus en plus envie. Je serais curieux de voir ce que mon approche onirique de la narration pourrait donner avec une narration cinématographique plus classique. Réaliser un générique de film me fait également saliver.

Voilà ! J’espère ne pas avoir été trop ennuyeux. Encore une fois, merci à vous et à ceux qui auront été jusqu’au bout de cette longue interview.

A très vite !

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Le site officiel de Christophe Thockler

Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr et Dailymotion, qui remercient Christophe Thockler de s’être prêté au jeu d’une interview.