Dailymotion Le Talent au Quotidien : #7 “Paphù”

Pour cette nouvelle saison de Dailymotion Le Talent au Quotidien, Eklecty-City.fr et Dailymotion s’associent pour vous faire découvrir ceux qui créent et font l’internet au Quotidien sur le célèbre site français d’hébergement de vidéo. Aujourd’hui c’est Jean-Pierre Poirel, créateur de la web-série Paphù, qui nous fait l’honneur de se prêter au jeu de l’interview.

Paphù est un personnage de 8pixels de haut qui vit dans un monde où les Idoles sont vénérées, et où rien ne semble perturber leur règne… Mais parmi la meute des Hommes, il y en a toujours un qui fait tache, qui empêche de briller en rond, qui vous casse la baraque sans forcer… sans même le vouloir. Ce petit bout de maïs coincé entre vos molaires divines, s’appelle Paphù.

Bonjour Jean-Pierre, dans le cas où il y aurait des internautes ignorant ton actualité présente toi en quelques mots et rappelle-nous ton parcours? (formation, les gens avec qui tu as été amené à travailler)

JP : J’ai 31 ans, je suis né à Chambéry et j’ai poursuivit mes études à Valence. J’ai étudié deux années dans la section design graphique des Beaux-Arts de Valence (2001-2003) où j’ai travaillé à l’écriture de jeu-vidéo et commencé mes premiers films d’animation. Puis j’ai intégré la formation de l’école de cinéma d’animation (2004-02206) : La Poudrière où j’ai réalisé deux films d’études, “Stadiom” et “Bob” respectivement diffusé sur Canal+ et Arte.

C’est au cours de ce dernier cursus que j’ai rencontré Hélène Ducrocq (camarade de promotion et co-auteur de Paphù) et Pierre Dron (son conjoint et le fondateur de Citron Bien) avec qui je travaille depuis 2007 sur différents projets de films, de pubs, de clips…

Qu’est ce qui t’a donné ta vocation ?

JP : ça remonte à loin… deux décennies à bouffer des films, des séries, des jeux-vidéo et de la bédé franco-belge/manga.

Mais le déclencheur fut une petite expo d’étudiants de beaux-arts où j’ai cherché à faire quelque chose que je n’avais jamais fait avant : un film. Et comme je n’y connaissait rien en matos vidéo, lumière, acteurs, etc… je me suis souvenu d’un épisode des Tiny Toons qui expliquait comment faire un dessin animé. J’ai juste remplacé le celluloïd par du bête papier machine (c’est suffisamment transparent) et le banc-titre par mon scanner.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

JP : Ils ont trouvé le résultat encourageant.

Quelle sont tes sources d’inspiration ?

JP : “deux décennies à bouffer des films, des séries, des jeux-vidéo et de la bédé franco-belge/manga.”

Mais le cœur “inspirationnel” reste le jeu-vidéo.

Quelle est ta première expérience de tournage ? Comment cela s’est passé ?

JP : je devais animer un funambule qui marche sur un fil… je me suis mis à mimer les pas dans mon couloir pour voir comment décomposer le mouvement. J’ai vite compris aussi que ça allait être très long de faire tout ce que je voulais sur papier. J’ai donc fait des plans avec des cadences d’animations différentes (6 dessins par seconde, 12 ou 15 et 24)… il ne faut jamais faire ça !!!

J’ai galéré comme un âne à tout recompiler les plans, d’autant plus que je n’utilisais pas un logiciel vidéo mais un logiciel d’édition de CD-Rom (Macromedia Director). Le film ramait et saturait mon pauvre ordinateur (800 Mhz et 256 Mo de RAM). Mais ça valait le coup.

Quel a été ton meilleur moment de réalisation ? Le pire ?

JP : mes épisodes de Paphù… c’est ma technique d’animation que je préfère et le musicien avec qui je bosse (Fabrice Faltraue) fait du très bon boulot. Ca se passe toujours très bien.

Le pire, j’en ai pas. Même si le client est chiant (ça reste rare, je suis très tolérant), je trouve toujours le moyen de me faire plaisir sur un ou deux plans, de caser le petit détail perso qui me fait marrer.

Quelles sont, dans tes vidéos, celles qui te semblent les plus intéressantes, qui te tiennent le plus à cœur, et pourquoi ?

JP : “Bob“, mon film de fin d’études. J’ai bossé en usine comme saisonnier parmi des employés qui étaient là depuis 15 ou 20 ans et j’ai été frappé de constater à quel point certains se sont fait avaler par leur travail. Toute leur vie se résumait à leur travail dans l’usine et la communication était difficile : nos préoccupations et nos visions du monde n’avaient rien à voir (j’y travaillais le mois des attentats du 11/09/2001 et ça a mis en exergue les différences de discours entre un petit étudiant post-bac ignorant et de prolétaires nourris par les médias de masses). J’ai voulu raconter ça, un aspect de l’exploitation industrielle et l’importance du langage comme outil d’asservissement ou de liberté.

En école on fait ce qu’on veut… je n’étais pas certain d’avoir une autre occasion de pouvoir raconter ça une fois “dehors“.

Un mot sur ton actualité ? Tes projets en cours ?

JP : Paphù encore quelques semaines et après un projet de conte interactif sur tablette numérique à écrire : « la Fée Lumière » que je développe avec Citron Bien.

Quelles vidéos affectionnes-tu sur Dailymotion ? A quel autre Motionmaker souhaiterais-tu voir poser ces questions ?

JP : De manière générale, les détournements de séries fait par des passionnés (les “abriged“), les mises en scène de critiques (le Nostalgia Critic et ses potes) mais ça se partage avec Youtruc… mais de manière exclusive, je regarde les émissions @rrêt sur images que vous avez la chance d’héberger.

Que voudrais-tu dire à tous tes fans et aux prochains ?

JP : Peu importe ce que vous aimez, sachez le défendre.

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

JP : “que l’on se pose” (ça ne concerne pas que moi)

Il y a sujet important que les acteurs de l’industrie du divertissement doivent aborder : avec la place massive qu’occupe le net dans notre consommation du divertissement et leur facilité de circulation, il serait bon d’interroger la notion du droits d’auteur et le concept de propriété intellectuelle.

A qui appartiennent les contenus ? Comment en tirer des revenus et les partager ? La protection aveugle de ces droits impliquerait l’arrêt des productions semi-pro-amateur citées plus haut, est-ce que les acteurs ou le public seraient d’accord ? Qui décide de tout ça ?

En tant que créatif, ces questions sont importantes puisqu’elles déterminent la viabilité des diffuseurs/producteurs qui me sont une source de revenus mais en tant que consommateur, j’apprécie aussi cette facilité d’accès (plus que la gratuité) aux contenus de manière détournée dont un site comme Dailymotion est aussi un vecteur. Ce n’est bien sûr pas à moi de décider comment doit évoluer le net mais en commençant ce métier j’ai parfaitement intégré le fait qu’il existe des réseaux de distribution parallèle (dont je profite aussi) et qu’à mon sens le meilleur moyen d’assurer un revenu aux acteurs économiques reste de produire du contenu qui fédère un public et que des concepts comme le “copyleft” offre des perspectives intéressantes et plus en phase avec les nouveaux modes de consommation d’image.

Voilà en résumé, il y a encore beaucoup à dire mais ça prendrait des pages.

Paphù sur Dailymotion
Citron Bien sur Dailymotion
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CitronBien.com

Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr et Dailymotion, qui remercient Jean-Pierre Poirel de s’être prêté au jeu d’une interview.